22.01.2010
Haïti, 21 janvier 2010, "Poste de secours"
Témoignage de Laetitia, déléguée Info de la Croix-Rouge française
Un premier centre de santé a ouvert à Pétion-ville
La petite Bernadette, 3 jours ( !) a été la première patiente du "docteur Franck", comme on appelle ici ce médecin généraliste bénévole, venu avec la Croix-Rouge française depuis la Guadeloupe.
A peine le centre de santé était installé dans une école de religieux jouxtant la place Saint-Pierre dans le quartier de Pétion-ville, que les patients commençaient à affluer…
Pour cette première journée, la clinique Croix-Rouge française n’a ouvert qu’une heure trente, mais c’était une question de principe ! Après le transport et l’installation du matériel, il fallait absolument ouvrir pour accueillir les premiers patients ! En effet, cette clinique est le premier centre de soins ouvert à Pétion-ville depuis le séisme.
Ainsi les premiers patients ont pu être examinés par Franck : "j’ai vu des enfants et des nourrissons, qui n’ont pas de pathologies graves et quelques personnes avec des plaies à désinfecter", rapporte Franck. Mais le cas d’une femme était préoccupant. "Elle a reçu une brique de béton sur le pied lors du séisme et a été mal soignée. Aujourd’hui son pied est dans un état déplorable, infecté et dévié…"
Décision prise : évacuation immédiate à l’hôpital le plus proche ! "Ici nous assurons des soins de base et notre seconde mission est de diagnostiquer les cas plus graves et de les envoyer vers des structures médicales".
Gladys, secouriste à la Croix-Rouge haïtienne locale, qui coordonne cette opération avec Franck ajoute : "cette femme a été victime de pratiques terribles qui se répandent… Des personnes mal intentionnées se présentent comme médicaux et font des soins sans être compétents en soutirant de l’argent aux malades!" La présence d’une clinique comme celle de la CRF est donc capitale !
Une mécanique déjà bien huilée
La tente de la Croix-Rouge française se dresse fièrement dans la cour de l’école de garçons qui jouxte la place Saint-Pierre, où plusieurs milliers de personnes sans-abri se sont rassemblées. Le site est spacieux et ombragé et permet en toute sécurité, d’accueillir la population restée sans soins trop longtemps.
Franck Hunckler travaille avec une équipe de secouristes de la délégation locale de la Croix-Rouge Haïtienne, et a organisé une équipe, qui après une heure et demi de consultations a accueilli 14 patients. Deux jeunes secouristes sont aux portes de l’école pour réguler le flux des patients et les informer clairement sur ce qu’on fait au centre : ici on ne distribue ni eau ni nourriture, on est là pour accueillir des malades et faire des soins médicaux ! Cela évite tout malentendu.
Une infirmière accueille ensuite les patients et établit les fiches de transmission pour le médecin. Comme dans une vraie salle d’attente, les gens sont tranquillement assis sur des bancs, mais en extérieur.
Appelée par le "docteur Franck", chaque personne est ensuite reçue sous la tente, pour une consultation privée, dans un espace fermé de bâches, pour plus d’intimité.
Des médicaments de base sont disponibles et sont gérées par un "pharmacien", étudiant en odontologie qui distribue les médicaments selon les prescriptions du médecin. Enfin, une autre infirmière s’occupe de panser les plaies et s’improvise aussi traductrice, entre le docteur et ses patients qui ne parlent pas français. Encore quelques petits détails logistiques à régler, mais la mécanique est déjà bien huilée pour cette clinique provisoire qui sera ouverte 8 heures par jour et sept jour sur sept.
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20.01.2010
Haïti, 20 janvier 2010, De l'eau
Témoignage de Laetitia, déléguée Info de la Croix-Rouge française
Des réservoirs d’eau installés par notre équipe de réponse aux urgences
Ce mercredi matin, l’équipe de réponse aux urgences (ERU) eau et assainissement a commencé à déployer des réservoirs d’eau souples sur des sites pré-identifiés au cours des évaluations menées ces dernières heures à Port-au-Prince.
Le premier réservoir a été disposé dans le quartier de Cité militaire, un des quartiers les plus pauvres de la ville, à proximité de l’aéroport, où, comme partout, les gens se sont rassemblés dans des regroupements d’abris de fortune. « Nous n’avons rien, ni nourriture, ni eau… Nous nous débrouillons comme nous pouvons », témoigne cet homme dont la maison a été complètement détruite.
L’école des sœurs salésiennes du quartier a ouvert ses portes à l’équipe de la Croix-Rouge française pour installer sur son toit, dans un premier temps, un réservoir de 5000 litres d’eau qui desservira la population des deux camps jouxtant l’école.
Jean-Michel, spécialiste en eau et assainissement, est parti avec une équipe de volontaires de la Croix-Rouge haïtienne, en première ligne sur toutes les opérations, pour installer ce matériel : réservoir, tuyaux, rampe de distribution. « On installe le réservoir aujourd’hui et un membre de l’équipe devra s’assurer de l’approvisionnement en eau qui sera distribuée par la compagnie des eaux locale », explique Jean-Michel.
L’installation sur le toit est périlleuse. « Tôt ce matin, nous avons ressenti une forte secousse, de magnitude 6. Ça peut trembler à tout moment, il ne faut pas traîner sur le toit du bâtiment », explique nerveusement Carlos, volontaire de la Croix-Rouge haïtienne, et dont l’entreprise de construction qui était proche du site s’est totalement effondrée mardi dernier.
Toute la journée, Jean-Michel et son équipe sont sur le terrain pour installer ce type de matériel à Cité militaire et dans d’autres quartiers. Pendant ce temps, les autres membres de l’ERU Croix-Rouge française poursuivent les évaluations à travers la ville et décident des sites pour le déploiement du matériel les jours prochains, en coordination avec la Croix-Rouge haïtienne et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
360 kits de secours distribués
L’équipe de réponse aux urgences relief (distribution d’articles de secours), déployée conjointement avec la Croix-Rouge du Benelux a commencé les distributions d’articles de secours (bâches, couvertures, kits cuisine et kits hygiène). « Hier, nous avons distribué plus de 350 kits familles (de 4 à 5 personnes), pour près de 1800 personnes. Aujourd’hui, nous poursuivons et allons distribuer 110 kits supplémentaires. » Les conditions de sécurité sont un paramètre très important à prendre en compte et la réussite d’une opération de distribution dépend souvent de l’implication de la communauté, notamment pour informer et éviter les débordements de foule.
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18.01.2010
Haïti, 17 janvier 2010
Témoignage de Laetitia, déléguée Info de la Croix-Rouge française
Une semaine après le séisme, la vie reprend lentement, les Haïtiens se sont eux-mêmes organisés pour trouver de l’eau et de la nourriture.
« Hier nous avons commencé à évaluer l’ampleur des dégâts en circulant dans la ville et avons pu constater que la solidarité existe et que, notamment pour ce qui est de l’eau, nous allons pouvoir travailler sur un réseau viable », explique Sébastien Renou, spécialiste eau et assainissement, arrivé sur place dimanche 17 janvier.
Au camp de base de la Croix-Rouge, situé non loin de l’aéroport, où sont installées les équipes des différentes sociétés nationales présentes aux côtés de la Fédération internationale des sociétés Croix-Rouge et Croissant Rouge, les gens affluent aux portes pour proposer leurs services comme manutentionnaires, traducteurs…, afin d’obtenir un emploi de journalier et gagner un peu d’argent.
Des blessés sont également emmenés ici par les familles et la Croix-Rouge haïtienne les conduit en camionnette vers les structures de santé les plus proches. Alteh, médecin urgentiste, envoyée par la Croix-Rouge française pour rejoindre les rangs d’une équipe de réponse aux urgences dirigée par les Finlandais – qui a déployé une unité mobile de soins de santé – a d’ailleurs dû accompagner une femme enceinte dans un dispensaire : « La situation est grave, les blessés sont entassés et il y a cette odeur de mort partout », racontait-elle ce lundi 18 janvier.
Quelques faits et chiffres sur l’opération
Le 17 janvier, une unité eau et assainissement de la Croix-Rouge espagnole a produit 120 000 d’eau purifiée qui ont été ensuite distribués par les volontaires de la Croix-Rouge à quelque 24 000 personnes dans six quartiers de la capitale.
Dans les jours à venir, la capacité de production et de distribution d’eau potable de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge devrait atteindre 200 000 à 400 000 bénéficiaires quotidiens.
Un hôpital de campagne déployé par les sociétés de la Croix-Rouge norvégienne et canadienne est maintenant opérationnel dans l’enceinte de l’hôpital universitaire de Port-au-Prince. D’une capacité de 70 lits, il peut traiter environ 200 blessés par jour. Un autre, d’une capacité de 250 lits, entrera en service dans le courant de la semaine.
Deux unités mobiles de soins de santé de base sont également en fonction. Déployées par les sociétés de la Croix-Rouge allemande et finlandaise, elles sont conçues pour assurer des soins préventifs et curatifs à environ 30 000 personnes chacune. Une troisième arrivera d’ici quelques jours.
Des distributions de secours vont démarrer dans la journée au bénéfice de quelque 60 000 familles qui recevront des colis contenant des articles d’hygiène, des ustensiles de cuisine, des bâches goudronnées, des moustiquaires et autres articles de première nécessité.
A ce jour, plus de 500 tonnes d’assistance ont été mobilisées et devraient arriver sur place dans les jours à venir.
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14.01.2010
Haïti: no comment...
Alexandre, ancien délégué de la Croix-Rouge française et actuellement à la Croix-Rouge américaine en Haïti. Témoignage recueilli le 14 janvier 2010.
Je ne suis pas blessé. Ici la situation est démentielle !
Jamais je n'aurais imaginé une telle catastrophe ni ressenti une telle détresse. Les secousses étaient terribles, un séisme puissant : des écoles, des hôpitaux, des églises, des supermarchés, des ministères, le Palais national, la cathédrale, des milliers de maisons écrasées, des secousses à répétition, des milliers de personnes hurlant et d'autres milliers jonchant le sol, blessés ou tout simplement morts.
Des images d'apocalypse en voyant tous ces gens les bras levés au ciel implorant le seigneur, en voyant des policiers prêchant au milieu des morts, en voyant ces milliers et milliers de personnes rassemblées sur la place publique de la ville et chantant des chants d'espoir.
Entre hier et aujourd'hui, je n'ai pas arrêté de mettre des personnes blessées dans le véhicule, la tête fendue, les jambes broyées, pour les emmener dans des hôpitaux surchargés qui nous refusent, de voir la détresse d'un peuple qui n'arrête pas de souffrir; nous avons même dû faire un hôpital d'urgence avec les moyens du bord en étant aidé par 1 ou 2 médecins dans la rue!!!
Voir le palais national effondré est encore plus choquant car c'est l'image du pays qui est à terre. Nous sommes impuissants face à cette situation dramatique et les gens commencent maintenant à se rebeller contre un état désorganisé et inexistant.
Seuls nous étions dans les rues hier jusqu'à 4h du matin essayant de faire le maximum avec très peu de moyens. Du courage il en faut, oui. Maintenant, je suis posé dans la maison de la Croix-Rouge américaine car énormément fatigué et un peu choqué et toujours tremblant car les secousses n'arrêtent pas.
MERCI pour tous vos messages.
Le téléphone ne passe pas ici et Internet se fait rare. Des équipes de secours vont venir nous appuyer. Je ne vais pas m'arrêter en route et je vais continuer à donner mon soutien à la population haïtienne de quelque manière que ce soit.
Après 2 ans et demi passés en Haïti cela me fait mal de voir toutes ces lueurs d'espoir s'éteindre alors que le pays vivait une année d'accalmie, suite aux 4 cyclones de 2008.
Je vous tiens au courant.
16:45 Publié dans Etats d'âmes, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : haïti, séisme, catastrophe, témoignage
10.01.2010
Nouvelles de 2010
Ca y est on est en 2010. Alors bonne année à tous mes lecteurs.
Ca fera pratiquement bientôt 3 mois que je n'ai pas fait de postes de secours. C'est assez paradoxal, mais ca me manque sans me manquer. Pourtant le travail ne manque pas.
Les réunions d'information des personnes intéressées par du bénévolat commence à trouver leur rythme et leur organisation de croisière. Les entretiens d'accueil se succèdent aussi à un bon rythme. L'équipe secouriste tourne pas trop mal. Les postes s'enchaînent, les formations aussi bien qu'un peu moins que l'année dernière, et les sollicitations diverses aussi.
Objectif 2010: mettre l'accent sur le suivi des équipiers qui sont quand même nombreux et former les bénévoles aux Valeurs institutionnelles.
Du côté de la délégation et du département, pas mal de projets. Après la démission de notre Président local, nous allons essayer de repartir du bon pied, ca ne va pas être facile, mais on va y arriver.
18:33 Publié dans Autre, Etats d'âmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23.12.2009
IPhone
Que vient faire une note sur l'IPhone sur mon blog me direz-vous?
Du secourisme vous répondrais-je...
Depuis sa sortie en 2008, l'IPhone a permis le développement d'applications plus ou moins utiles/intéressantes/chères. Dans le milieu médical, elles sont déjà présentes et utilisées au moins en partie par les médecins, notamment notre blogueur Grange blanche, cardiologue de son état. Eh bien en matière de secourisme, nous ne sommes pas totalement dépourvus puisque l'échelle de Glasgow est présente sur IPhone.
Bon évidemment c'est en anglais, mais une fois les traductions faites, ca ne doit pas être plus compliqué que ca.

19:31 Publié dans Blog, Divers secourisme, Santé, Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
06.12.2009
Noël
Avant l'heure me concernant puisque partant quelques semaines loin de toute civilisation, je n'aurais pas le plaisir de vous le souhaiter le moment venu.
Cela dit, je vous ai laissé un petit billet que j'ai programmé automatiquement.
19:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
21.11.2009
Tisane
Un dimanche soir pluvieux au local, nous avions des choses à faire avec L. Nous en profitons pour discuter avec nos secouristes partis le week-end en formation PSE1, histoire de savoir comment ca s'est passé. Les volets sont fermés, la lumière passe au travers de la porte vitrée restée entre-ouverte.
Un homme pousse la porte et demande s'il peut rentrer. Il ne va pas très bien. Il nous demande une tisane et commence à nous raconter un peu ses problèmes. Il vit dans la rue avec des problèmes d'alcoolisme et de drogue. Il a du mal à décrocher de son traitement de substitution mais veut s'en sortir seul. S'il avait su, il n'aurait jamais commencé et a tenté en vain de dissuader son fils de commencer. Après 10 min de discussion, il veut finir sa tisane dans la rue. C'est comme il veut, bien que nous lui proposions de rester encore un peu au chaud.
Nous étions 5 à l'écouter, dont 3 nouveaux à qui j'en ai profité pour expliquer l'importance de l'écoute dans notre association. Cela peut arriver n'importe quand, n'importe où ; il faut être prêt.
15:20 Publié dans Divers secourisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
11.11.2009
Pour changer
Pour changer un peu, il y a quelques semaines, nous avons organisés notre 1ère formation Initiation au secours d'exception (ISE). C'est une formation de 2h pour apprendre ce qu'est une catastrophe, comment ca se gère, comment la prévenir, le rôle des acteurs en cas de cata et notamment de la Croix-Rouge et enfin un petit rappel sur les règles de sécurité. Eh bien pour notre 1ère, ca a pile duré 2h. Nous avions fait un timing avec L. mais étant tout le temps dérangés nous n'avons pas pu mesurer le temps que ca prenait. Finalement c'est bien tombé.
Cette 1ère était destinée principalement aux secouristes, nous ferons les prochaines en prenant soin de mixer secouristes et bénévoles de l'action sociale qui eux aussi sont amenés à intervenir sur une catastrophe. J'espère que nous pourrons former tout le monde d'ici la fin de l'année.
Après un petit pique-nique sympa au local, nous avons fait notre 3ème session de la formation de conduite des véhicules. Ca s'est bien passé bien qu'il fasse un peu froid. Maintenant on est rodé sur l'organisation de cette formation qui dure 4h pour 6 personnes environ, car on va un peu plus loin que les recommandations officielles. Sinon j'ai perdu un pari contre D. qui m'assurait pouvoir faire un parcours en marche arrière sans guidage. Ca m'apprendra!
23:50 Publié dans Divers secourisme, Formation, Sécurité civile | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : formation, catastrophe, urgence
27.10.2009
DIH
"Il faut faire un effort constant pour faire respecter le droit international humanitaire"
Pilier du droit international humanitaire, les conventions de Genève fêtent leurs 60 ans le 12 août. Chef de la division juridique du CICR, Knut Dörmann explique leur importance.
Les conventions de Genève ont été formulées au XXe siècle. Avec l'émergence d'acteurs non étatiques prenant part aux conflits, le Droit international humanitaire (DIH) est-il encore adapté à son époque ?
Les conventions de Genève sont la pierre angulaire du DIH et le resteront. Il ne faut pas examiner ces conventions isolément, mais avoir une vue d'ensemble. Ce droit a évolué avec l'addition de trois protocoles. Les Conventions de 1949 couvraient essentiellement les règles qui s'appliquent aux personnes au pouvoir d'une partie adverse, notamment les blessés, les prisonniers de guerre et les civils, notamment les internés. Cet aspect était réglé. Par contre tout ce qui concernait la conduite des hostilités, les méthodes de guerre, n'était pas couvert. Les protocoles additionnels ont codifié le principe de distinction entre combattants et civils. Il y a eu d'autres développements du DIH qui tenaient compte de l'évolution des conflits, notamment des traités pour la protection des biens culturels, sur la répression pénale et sur l'interdiction ou la limitation de l'usage de certaines armes (par exemple les mines antipersonnel ou les armes à sous-munitions). Le droit coutumier a également évolué. Cela dit, il est vrai que l'évolution des conflits rend nécessaires de nouvelles clarifications de ce droit.
Le CICR a récemment tenté de préciser la notion de la participation aux hostilités qui est cruciale car seuls les civils qui participent directement deviennent des cibles légitimes. Cette clarification était nécessaire dans le cadre de conflits où de plus en plus d'acteurs non étatiques sont parties prenantes aux combats. Notre but était clair : assurer au maximum la protection des civils qui ne participent pas directement aux hostilités comme cela est prévu par le DIH. En l'absence d'une définition claire dans les traités, on a constaté une tendance chez certains à vouloir élargir la notion de participants directs aux hostilités pour en faire des cibles légitimes au détriment de ceux qui devraient bénéficier d'une protection contre des attaques directes. Autre exemple: dans le cadre de la lutte contre la "terreur", certains Etats ont perçu la nécessité de définir des régimes de détention pour des raisons de sécurité. Le problème était le suivant : dans le DIH, il y a des indications pour les conflits armés internationaux en matière de garanties procédurales. Mais il y a peu de règles détaillées pour les conflits armés non internationaux. Le CICR a donc utilisé les Conventions de Genève comme base de réflexion et le droit des droits de l'homme en complément pour définir une lecture juridico-politique afin de clarifier la protection de toute personne détenue pour des raisons de sécurité.
Le régime d’exception mis en place à Guantanamo est l’une des principales remises en question du DIH ces dernières années. Une page se tourne-t-elle avec l’administration Obama ?
Le CICR salue la décision de l’administration Obama de fermer Guantanamo. En plus nous avons constaté une vraie volonté de travailler sur les principes de détention de personnes soupçonnées de terrorisme. La reconnaissance du besoin d’un cadre légal qui s’applique dans une telle situation était cruciale. Nous avons un dialogue productif avec les autorités de Washington.
Mais, avec le recul, quelles ont été les conséquences de la "guerre contre le terrorisme international" menée par Bush pour le DIH ?
Difficile à dire à ce stade. Il faut distinguer entre les déclarations politiques et les actions des Etats. Si l’on regarde les déclarations politiques de certains Etats, notamment dans l’UE, on a toujours eu l’impression de prises de position très fortes pour rappeler que dans la "lutte contre la terreur" il faut respecter les droits de l’homme et le DIH. Que cela se soit toujours reflété dans la pratique des Etats est une autre question…
Voyez-vous dans l’évolution du droit humanitaire une démonstration d’un progrès de l’humanité ?
Il y aura toujours des guerres et je n’exclus pas un retour à des conflits plus traditionnels entre Etats motivés par des tensions liées à la course aux ressources énergétiques ou à l’eau. Mais le DIH va rester pertinent. C’est la seule limite pour prévenir la barbarie. Il y a bien sûr toujours quantité de violations de ce droit. Mais on s’intéresse peut-être moins aux cas où ce droit a été respecté. C’est logique : On ne s’intéresse pas non plus aux gens qui respectent le code de la route… Il faut un effort constant pour faire respecter le DIH. Qu'est-ce que la souffrance engendrée par les conflits armés: meurtres, tortures, mauvais traitements, viols, disparitions, déplacements forcés. Tout cela est interdit par le DIH. L’important est d’essayer de limiter ces abus, ces violations. Ce ne sont pas de nouvelles règles en soi qui vont changer ce comportement. Il faut créer la volonté politique chez tous les acteurs de respecter le DIH et s’assurer que des sanctions soient prises pour ceux qui ne le font pas. Sans ce contrôle des Etats, la souffrance continuera, peu importe l’évolution des conflits.
Le DIH est reconnu universellement, mais les Etats en font-ils assez pour la promotion de ce droit ?
Ce n'est jamais assez puisque l'on constate que les violations subsistent. C'est pour cela que le CICR essaie de donner tout le soutien technique dont les Etats ont besoin. C'est aux législateurs d'agir. On constate toutefois qu'avec l'adoption du statut de Rome pour la Cour pénale internationale (CPI) les choses évoluent. La CPI ne devient compétente que si les juridictions nationales ne font pas leur travail. Cette complémentarité de la CPI pousse les Etats à codifier dans leur législation nationale la répression des crimes de guerre pour éviter que leurs ressortissants puissent être poursuivis par la CPI.
Le CICR est le gardien des Conventions de Genève. Est-ce remis en question sur le terrain ?
La communauté internationale a donné pour mandat au CICR de veiller et de contribuer à l'application fidèle du DIH. Mais on doit négocier nos actions sur le terrain afin d'avoir accès aux gens qui ont besoin de notre aide. Dans les conflits non internationaux, par exemple, on ne peut qu'offrir nos services. Quant aux risques sur le terrain, nous les évaluons en permanence.
Ce 60e anniversaire est-il l'occasion pour le CICR de faire passer un nouveau message ?
Le message de base est la réaffirmation du DIH qui plus que jamais reste valable. Les Etats et les acteurs non étatiques doivent davantage assumer leurs responsabilités pour faire respecter ce droit. C'est une question de volonté politique. Le CICR va poursuivre ses efforts de clarification voire de développement du DIH si cela s'avère nécessaire pour répondre à des besoins humanitaires insuffisamment réglementés.
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